TRANSMETTRE · ASSURANCE-VIE & SUCCESSION

Assurance-vie et succession : transmettre hors part héréditaire.

L'assurance-vie échappe en grande partie aux règles civiles de la succession. Abattement de 152 500 € par bénéficiaire, régime avant et après 70 ans, droits au décès, clause bénéficiaire : le mode d'emploi complet.

L'enveloppe préférée des Français pour transmettre.

L'assurance-vie est, de loin, l'outil de transmission le plus utilisé en France, et pour une bonne raison : le capital versé au décès ne suit pas le chemin classique de la succession. Il va directement au bénéficiaire désigné, sans passer par le partage entre héritiers, et bénéficie d'une fiscalité propre, généralement bien plus douce que les droits de succession.

Mais cet avantage n'est ni automatique ni illimité. Tout se joue sur deux paramètres : l'âge auquel les primes ont été versées (avant ou après 70 ans) et la rédaction de la clause bénéficiaire. Deux détails techniques qui, mal maîtrisés, peuvent transformer un atout en source de litige ou de surcoût fiscal. Ce guide les passe tous deux au crible.

Pourquoi l'assurance-vie échappe à la succession

L'article L.132-12 du Code des assurances pose le principe : le capital ou la rente payable au décès à un bénéficiaire déterminé n'entre pas dans la succession de l'assuré. Ces sommes ne sont pas partagées entre les héritiers selon les règles civiles, et elles ne sont pas soumises aux droits de succession ordinaires. Le bénéficiaire les reçoit en direct de l'assureur, sur présentation de l'acte de décès et de son contrat.

Cette mise à l'écart de la succession comporte deux limites qu'il faut connaître. La première est civile : les primes « manifestement exagérées » au regard des facultés du souscripteur peuvent être réintégrées à la succession à la demande des héritiers réservataires (article L.132-13). La seconde est fiscale : l'État a instauré deux prélèvements spécifiques, l'un pour les primes versées avant 70 ans, l'autre pour celles versées après, que nous détaillons plus bas.

L'assurance-vie n'est pas un coffre-fort sans règle : c'est une enveloppe au régime privilégié, sous conditions. Bien utilisée, elle permet de transmettre à qui l'on veut, dans des proportions choisies, en réduisant fortement la note fiscale par rapport à une transmission classique.

La règle des 70 ans

Deux régimes fiscaux, selon l'âge des versements

C'est le pivot de toute la fiscalité de transmission de l'assurance-vie : ce n'est pas l'âge du décès qui compte, mais l'âge auquel chaque prime a été versée. Avant 70 ans, l'article 990 I s'applique ; après, c'est l'article 757 B.

Critère
Primes avant 70 ans (art. 990 I)
Versements après 70 ans (art. 757 B)
Succession classique
Texte applicable
Article 990 I du CGI
Article 757 B du CGI
Droit civil + droits de mutation
Assiette taxable
Capital transmis (primes + gains)
Primes versées seules
Valeur du bien au décès
Abattement
152 500 € par bénéficiaire
30 500 € globaux (tous bénéficiaires)
Selon lien de parenté
Sort des gains
Inclus dans l'assiette
Totalement exonérés
Sans objet
Taux au-delà
20 % puis 31,25 %
Barème des droits de succession
Barème par tranche (jusqu'à 45 %)
Entre époux / PACS
Exonéré (loi TEPA)
Exonéré (loi TEPA)
Exonéré (loi TEPA)
Primes avant 70 ans (art. 990 I) Article 990 I du CGI
Versements après 70 ans (art. 757 B) Article 757 B du CGI
Succession classique Droit civil + droits de mutation
Primes avant 70 ans (art. 990 I) Capital transmis (primes + gains)
Versements après 70 ans (art. 757 B) Primes versées seules
Succession classique Valeur du bien au décès
Primes avant 70 ans (art. 990 I) 152 500 € par bénéficiaire
Versements après 70 ans (art. 757 B) 30 500 € globaux (tous bénéficiaires)
Succession classique Selon lien de parenté
Primes avant 70 ans (art. 990 I) Inclus dans l'assiette
Versements après 70 ans (art. 757 B) Totalement exonérés
Succession classique Sans objet
Primes avant 70 ans (art. 990 I) 20 % puis 31,25 %
Versements après 70 ans (art. 757 B) Barème des droits de succession
Succession classique Barème par tranche (jusqu'à 45 %)
Primes avant 70 ans (art. 990 I) Exonéré (loi TEPA)
Versements après 70 ans (art. 757 B) Exonéré (loi TEPA)
Succession classique Exonéré (loi TEPA)

Les primes versées avant 70 ans : l'article 990 I

C'est le régime le plus favorable, et celui que vise la majorité des stratégies de transmission. Chaque bénéficiaire désigné dispose d'un abattement personnel de 152 500 € sur le capital qu'il reçoit, primes et gains confondus. Au-delà de cet abattement, le prélèvement forfaitaire est de 20 %, puis de 31,25 % sur la fraction de capital taxable dépassant 852 500 € par bénéficiaire.

L'atout décisif : l'abattement se compte par bénéficiaire, pas par contrat. Désigner plusieurs bénéficiaires démultiplie donc l'avantage. Conjoint et partenaire de PACS sont, eux, totalement exonérés depuis la loi TEPA, quel que soit le montant.

Capital taxable par bénéficiairePrélèvement
Jusqu'à 152 500 €0 % (franchise)
De 152 500 € à 852 500 €20 %
Au-delà de 852 500 €31,25 %

Exemple chiffré

Un capital de 600 000 € transmis à deux enfants

1

Catherine, 64 ans, a versé l'intégralité de ses primes avant 70 ans. Son contrat vaut 600 000 € au décès. Clause : ses deux enfants, à parts égales, soit 300 000 € chacun.

2

Chaque enfant applique son abattement de 152 500 €. Base taxable par enfant : 300 000 − 152 500 = 147 500 €.

3

Prélèvement de 20 % : 147 500 × 20 % = 29 500 € par enfant, soit 59 000 € au total.

À comparer

En succession classique entre parent et enfant, après l'abattement de 100 000 €, la même somme aurait supporté des droits bien supérieurs (barème progressif jusqu'à 45 %). L'assurance-vie permet ici une économie substantielle. Chiffrage indicatif, à valider selon votre situation réelle.

Les versements après 70 ans : l'article 757 B

Beaucoup pensent qu'il ne faut plus alimenter une assurance-vie après 70 ans. C'est une idée reçue. Le régime change, certes, mais reste intéressant. Pour les versements effectués après le 70e anniversaire, seules les primes sont réintégrées à la succession, au-delà d'un abattement global de 30 500 € partagé entre tous les bénéficiaires. La part qui dépasse est taxée au barème des droits de succession selon le lien de parenté.

L'avantage majeur, souvent ignoré : les intérêts et plus-values produits par ces versements échappent totalement à toute taxation au décès. Sur un contrat conservé longtemps et bien investi, la part de gains peut devenir significative, et passer alors hors impôt. C'est ce qui rend les versements après 70 ans pertinents, notamment lorsque l'abattement de 152 500 € a déjà été saturé par des versements antérieurs.

En pratique, beaucoup de patrimoines combinent les deux régimes : on maximise les versements avant 70 ans pour profiter de l'abattement à 152 500 €, puis on continue après pour capter l'exonération des gains. La bonne dose dépend de l'âge, de l'horizon et de la composition de la famille. C'est l'arbitrage que nous calibrons avec vous lors d'un bilan.

Exemple : un versement de 100 000 € à 72 ans, devenu 140 000 € au décès grâce aux intérêts.

100 000 € Primes versées, soumises au 757 B après l'abattement de 30 500 €
40 000 € Intérêts produits, totalement exonérés au décès
30 500 € Abattement global, partagé entre tous les bénéficiaires

Seules les primes au-delà de l'abattement entrent dans la succession. Les 40 000 € de gains passent hors taxation. Chiffrage indicatif, à valider selon votre situation.

Côté bénéficiaire

Au décès : le parcours du bénéficiaire.

Ce que reçoit le bénéficiaire, et les démarches pour percevoir le capital.

  1. 01

    La déclaration du décès

    Le bénéficiaire (ou un proche) informe l'assureur du décès et fournit l'acte de décès. Si la clause le désigne nommément, l'assureur le contacte.

  2. 02

    La constitution du dossier

    Pièce d'identité, justificatif de qualité de bénéficiaire, RIB. L'assureur vérifie la clause et l'absence de primes exagérées.

  3. 03

    Le règlement du capital

    L'assureur dispose d'un mois après réception du dossier complet pour verser les fonds, sous peine d'intérêts de retard.

  4. 04

    La fiscalité prélevée

    L'assureur prélève à la source le forfait de l'article 990 I (avant 70 ans) ; l'article 757 B se règle, lui, via la déclaration de succession.

Confidentialité, acceptation, héritiers : ce qu'il faut savoir

La désignation du bénéficiaire est confidentielle. Les autres héritiers n'ont pas à connaître son identité, et l'assureur n'a pas à la révéler. Un proche qui se demande s'il est bénéficiaire d'un contrat oublié peut saisir l'AGIRA, qui centralise la recherche des contrats non réclamés, mais ne peut pas obtenir la liste des bénéficiaires d'autrui.

Attention à l'acceptation du bénéficiaire : une fois qu'un bénéficiaire a accepté formellement le bénéfice du contrat (du vivant du souscripteur), celui-ci ne peut plus modifier librement la clause ni effectuer de rachat sans l'accord du bénéficiaire. C'est un point souvent négligé qui peut bloquer une réorganisation patrimoniale ultérieure.

Enfin, si la clause devient caduque (bénéficiaire décédé sans rang de représentation prévu, désignation invalide), le capital réintègre la succession et perd son régime de faveur : il est alors taxé comme le reste du patrimoine. D'où l'importance d'une clause vivante, revue à chaque étape de la vie familiale.

LA PIÈCE MAÎTRESSE

Rédiger une clause bénéficiaire qui tient dans le temps

Tout l'avantage de l'assurance-vie repose sur cette clause. Une formule maladroite et l'enveloppe perd son intérêt. Voici les principes d'une rédaction solide.

Désigner par qualité, avec représentation

La formule type : « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales, à défaut mes héritiers ». Elle s'adapte aux évolutions familiales sans devenir caduque.

Éviter les clauses figées

Nommer « mon épouse Sophie » crée un risque : en cas de divorce, la clause reste valable au profit de l'ex-conjoint. Préférer la qualité (« mon conjoint ») au nom propre, sauf intention précise.

Le démembrement de clause

Usufruit au conjoint, nue-propriété aux enfants : le conjoint dispose du capital sa vie durant, les enfants récupèrent au second décès, en bénéficiant d'une créance de restitution déductible. Un levier puissant, à manier avec un conseil.

La revoir régulièrement

Mariage, naissance, divorce, décès, brouille : chaque événement de vie doit déclencher une relecture. Une clause se modifie librement tant qu'aucun bénéficiaire n'a accepté.

Les informations fiscales de cette page sont fournies à titre indicatif et reflètent la réglementation en vigueur, susceptible d'évoluer. Les abattements et taux s'apprécient au cas par cas. Ce contenu ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou en investissement personnalisé. Toute stratégie de transmission doit être étudiée au regard de votre situation civile et patrimoniale complète.

L'avis de Florent

Mon conseil sur l'assurance-vie en transmission

L'assurance-vie est l'outil de transmission le plus efficace que je connaisse, mais je vois trop de contrats dont la clause bénéficiaire n'a pas été touchée depuis vingt ans. Un divorce, une naissance, un remariage, et tout le bel édifice fiscal s'effondre, parfois au profit de la mauvaise personne.

Mon réflexe quand un nouveau client arrive : on ressort tous les contrats, on lit chaque clause à voix haute, et on vérifie l'âge des versements pour savoir qui relève de l'article 990 I et qui de l'article 757 B. C'est rarement glamour, mais c'est là que se gagnent ou se perdent des dizaines de milliers d'euros pour les héritiers. La transmission ne s'improvise pas, elle se relit.

Florent Cavailles
Florent Cavailles Gérant fondateur · Occitea Patrimoine
Avis clients

Ils ont sécurisé leur transmission avec nous.

29 avis Google, tous 5 étoiles. Un accompagnement patrimonial à Toulouse, Castres et Albi.

29 avis Google
5/5 note moyenne
100% recommandent

Cindy B.

praticienne en Médecine Chinoise

★★★★★
Florent m'a été conseillé par un proche pour avoir des conseils sur le produit structuré. Florent a su expliquer de manière compréhensible et me conseiller avec précisions. Ces conseils ont été au delà des simples renseignements classiques en étudiant mes contrats que j'avais souscrits ailleurs dans des assurances vies ; j'ai ainsi pu optimiser mes placements

août 2024

Olga A.

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mars 2024

Anthony C.

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★★★★★
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février 2024

Émilie Q.

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mai 2023

Véronique K.

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septembre 2023

Aurore B.

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J'ai contacté le cabinet de Florent pour qu'il m'aide dans la gestion de mon contrat d'assurance vie. Disponible et réactif je le recommande.

novembre 2023

Marie C.

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J'ai fait appel au cabinet Occitea Patrimoine, afin de m'accompagner dans la préparation de ma succession. Disponible et réactif je recommande le cabinet.

octobre 2023

Alexis D.

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Compétent, honnête et rigoureux, j'apprécie par ailleurs l'accessibilité et la réactivité de Florent dans toutes le démarches. Je conseille vivement son accompagnement

novembre 2023

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Nous auditons vos contrats, relisons vos clauses bénéficiaires et calibrons l'âge de vos versements pour transmettre au mieux, dans votre seul intérêt.

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À VOS QUESTIONS

Vos questions sur l'assurance-vie et la succession

Non, par principe. Le capital versé au bénéficiaire désigné est considéré comme « hors succession » au sens civil (article L.132-12 du Code des assurances) : il ne fait pas partie de la masse à partager entre héritiers et n'est pas soumis aux règles de la réserve héréditaire, sauf primes manifestement exagérées. Sur le plan fiscal, il échappe aux droits de succession classiques, mais relève de deux régimes spécifiques selon l'âge du souscripteur au moment des versements (article 990 I avant 70 ans, article 757 B après).

Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire dispose d'un abattement personnel de 152 500 € sur le capital reçu. Au-delà, le prélèvement est de 20 % jusqu'à 852 500 € transmis, puis 31,25 %. Pour les versements effectués après 70 ans, l'abattement est différent : 30 500 € au total, partagés entre tous les bénéficiaires, mais les gains produits par ces versements sont totalement exonérés. Conjoint et partenaire de PACS sont exonérés dans tous les cas (loi TEPA).

Seules les primes versées après le 70e anniversaire sont concernées par l'article 757 B. Elles sont réintégrées à la succession au-delà d'un abattement global de 30 500 € (commun à tous les bénéficiaires), puis taxées au barème des droits de succession selon le lien de parenté. Point essentiel : les intérêts et plus-values générés par ces versements échappent totalement à l'impôt. Verser après 70 ans reste donc utile, notamment quand l'abattement de 152 500 € antérieur est déjà consommé.

Le ou les bénéficiaires désignés dans la clause bénéficiaire du contrat, et eux seuls. C'est la clause qui prime, pas le testament ni l'ordre légal des héritiers. Si la clause désigne « mon conjoint », c'est le conjoint au jour du décès. Si elle est caduque ou si aucun bénéficiaire n'accepte, le capital réintègre la succession et est alors taxé comme le reste du patrimoine. D'où l'importance d'une clause à jour.

Non, l'assureur n'a pas à révéler l'identité du bénéficiaire aux autres héritiers. La désignation est confidentielle. Un héritier qui se croit lésé peut toutefois interroger l'AGIRA (organisme centralisant la recherche de contrats non réclamés) pour savoir s'il est lui-même bénéficiaire d'un contrat, mais pas pour connaître les autres bénéficiaires. La transparence n'est due qu'au notaire dans certaines situations de réintégration fiscale.

Une clause efficace désigne les bénéficiaires par leur qualité plutôt que par leur seul nom (« mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers »), avec un rang de représentation clair. Évitez les clauses figées qui deviennent caduques après un divorce ou un décès. Pour optimiser la transmission, on peut démembrer la clause (usufruit au conjoint, nue-propriété aux enfants). C'est un sujet à calibrer avec un conseil, car une clause mal rédigée peut anéantir tout l'avantage du contrat.

Non, l'abattement de 152 500 € s'apprécie par bénéficiaire et par assuré, tous contrats confondus. Souscrire dix contrats ne décuple pas l'avantage. En revanche, multiplier le nombre de bénéficiaires multiplie bien les abattements : transmettre à trois enfants ouvre trois fois 152 500 €, soit 457 500 € en franchise pour les primes versées avant 70 ans.